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26/12/2009

Mon cadeau à Noël...

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Ce matin, au pied du sapin, il m’attendait mon cadeau de Noël, étrange cadeau d’ailleurs. Présent que les sourires radieux de ma belle progéniture m’ordonnaient, impatients, d’ouvrir sans attendre. Je déchirai donc, malhabile, le beau papier décoré, massacrant au passage la ribambelle de Pères Noël et leur ménagerie céleste ornant le ciel étoilé de l’enveloppe mystérieuse renfermant le don de mes enfants… Et quelle ne fut pas ma surprise quand je découvris ébahi (voire un peu consterné…) que ce qui rendait mon engeance aussi fière et ensoleillée,  n’était en fin de compte, qu’un simple tee. Mais pas un tee de formule 1, pas le dernier cri de la technologie, pas celui que les meilleurs transformeurs s’arrachent…Non non ! Le mien était un vieux machin en plastique sans âge, décoloré pire que le Michael de chez Jackson.  Éraflé.  Estafilé. Mâchuré par mille estocs de crampons à la traîne.

Chacun reconnaîtra sans peine, mon profond attachement à la chose ovale. Je ne surprendrais personne en disant qu’une offrande puisée d’entre les pagelles aura sur moi toujours un effet bénéfique, ça tout le monde le sait… Mais de là, à m’extasier devant une rondelle (même pas de saucisson) datant de Mathusalem, et ayant servi Jésus dans la transformation de sa religion, il y a quand même un monde, non !

Mes chers petits, devant mon dépit, volèrent au secours de ma mine déconfite, me jurant sur ce qu’ils avaient de plus cher (leur père !) que mon tee n’était pas une chose ordinaire. Que pour le débusquer, ils avaient fait le tour des antiquaires et autres grands collectionneurs de reliques rugbystiques. Et qu’après mille détours et autant de péripéties, un vieux brocanteur gallois, leur avait assuré que ce tee était spécial et magique, que celui-ci avait appartenu (entre autres) à Johnny Wilkinson, et qu’il lui avait même permis de gagner la coupe du Monde en Australie. Vous imaginez ma perplexité devant de telles affirmations, mais l’air sûr et enchanté de ma filiation au garde à vous face à son géniteur, finit par avoir raison de mes doutes. Je chus à genoux et étreignis, ému, ce support légendaire qui avait fait d’un simple, bien que grandiose, demi d’ouverture, un lord accompli de sa gracieuse majesté d’Angleterre.

Je ne sais si ce sont les agapes chargées, l’émotion ressentie ou le champagne frelaté, mais le sommeil n’était pas au pied de mon sapin en ce soir de Noël (il faut dire que le sommeil est pour moi depuis toujours la chose la plus fragile au monde…) Ce sont les coups de cinq heures du mat’ résonnant au fin fond de mon insomnie qui me décidèrent à me lever. J’allais tout droit me serrer un café, et tout en dégustant mon nectar, je caressais d’une main distraite mon cadeau, prince souteneur des passes royales entre les barres…Quand miraculeusement, il se mit à me parler ! Non pas d’une voix claire et assurée, mais plutôt comme une plainte, un sanglot, un peu comme les criminelles quand ils passent aux aveux. Je plongeais mon regard désorienté dans son œil de cyclope larmoyant et je l’écoutais. Ses confessions me déchirèrent le cœur, ce lascar en avait gros sur la patate. C’est l’émotion de mes enfants et la belle ambiance familiale qui l’avaient fait craquer. Il ne pouvait plus supporter les mensonges, il devait tout m’avouer. Il n’avait jamais vu un seul stade international. Pas la moindre minuscule tribune garnie n’avait croisé son destin, la fédérale était pour lui qu’une vague espérance, seule les modestes poteaux régionaux lui avaient tendu leurs bras…Et encore, même là, sa faillite fut totale, pas un seul botteur pour flatter son ego, pas le moindre souvenir d’une pénalité gagnante, pas la plus petite transformation victorieuse…Il passa comme ça de mains en mains, sans que jamais personne ne s’en satisfît…Pour finir, lamentable,  dans une sombre poubelle de cadets, au milieu de vieux élastos et autres sparadraps hors d’usage…C’est un ancêtre gardien de stade, troqueurs et brocanteurs à ses heures qui le sauva de la déchetterie, et commença à construire sa légende… Légende qu’il défaisait aujourd’hui devant moi pour qu’à la fin, dans un râle, dans une supplique déchirante, il m’implore de lui pardonner. Pardon que je lui accordais bien volontiers, mais je me demandais tout de même ce que j’allais bien pouvoir faire de lui, quand dans une dernière requête, il m’avoua son désir secret. Ce qu’il voulait, c’était de partir aux antipodes, d’aller vraiment en Australie, non pas pour faire passer des barres à des ballons turbulents. Non ! C’est  dans la province du Queensland qu’il souhaitait partir, dans une ferme, un élevage d’autruches. Ce qu’il désirait le plus au monde pour finir sa vie, c’est d’être coquetier et de garder toujours sur le râble les gros œufs de son paradis…

 

Autant vous dire qu’à l’heure où je vous parle, mon ex cadeau est à l’aéroport, en partance pour les terres australes. Et moi, je me demande ce que je vais bien pouvoir dire à ma descendance crédule mais sympathique…

 

NB : Ceci est une histoire complètement inventée. Les tees ne parlent pas, et n'ont  jamais d’états d’âme… Mes enfants ne sont pas totalement idiots et sont tous deux diplômés de grandes écoles (ce qui entre nous est une preuve de rien…)

 

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15:18 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (14)

05/02/2009

En Cage (fin)

 

medium_cage.3.jpgIl en était là de sa réflexion, quand effectivement les murs sa prison se lézardèrent. A travers une fissure, une  lumière éclatante, quasi divine vint le frapper en plein visage. Pour un peu, il se serait mis à genoux, se serait signer et aurait tendu sa langue chargée pour cueillir ébahi l’hostie astrale tendue par le tout puissant en personne. Empli d’émotion, il ferma les yeux. C’est à cet instant précis, qu’un gong dur comme une pierre vint le frapper en plein nez. Après avoir presque côtoyé Dieu, il était maintenant dans la voie lactée. Mille étoiles et autres novas lumineuses tournoyaient avec lui, il passait d’une galaxie à une autre dans un tourbillon infernal. Son tarin semblait avoir explosé sur l’impact d’une météorite mystérieuse, un énorme cratère semblait s’être formé à la place de son appendice. Et pour couronner le tout, les tremblements muraux se déchaînèrent. Il avait maintenant le sentiment que le fracas sur sa face venait de déclenché un plus gros séisme. Son sang se mit à raisiner à la pointe de son menton, puis une dernière ruade monumentale fit s’écrouler définitivement son édifice carcéral.

Mario se sentait libéré. Il était allongé, un peu écrasé par l’énorme masse qui pesait sur lui, mais l’impression de torture avait disparu. Deux sensations dominaient dans son esprit : d’abord le goût d’hémoglobine qui persistait dans son gosier, et la douce odeur de l’herbe qui l’avait accueilli.  C’est un coup de sifflet aigu et martial qui lui fit retrouver l’usage de ses oreilles, et avec elles il récupéra tout d’un coup le sens des réalités et son extrait de naissance…Sa geôle, la torture, l’illumination céleste, le gong bouddhiste, tout s’éclairait maintenant d’une manière limpide. Le bibendum accroché sous le tableau de marque finit par lui faire retrouver complètement la raison: Il venait de participer à une belle mêlée sauvage. Son tarbouiffe avait éclaté sous le poing rageur d’un seconde barre revêche. Son éclairage glorifié n’était autre que les projecteurs du stade Marcel Michelin, et son patronyme était évidemment Ledesma ! Mario Ledesma était son nom…

 

 

NB : Je tiens à préciser que ce récit n’a rien à voir avec la vie du vrai et grand Mario Ledesma talonneur de l’ASM. Je pense qu’il m’excusera d’avoir jouer avec son identité pour écrire cette nouvelle délirante et il faut bien l'avouer,  un peu tirée par les cheveux…                                                                         

19:15 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)

28/01/2009

En cage. (part 2)

medium_cage.2.jpgLes tourments devenaient maintenant infernaux, un étau incroyable le cernait de toutes parts, comme si les murs de sa cage avaient décidé de le digérer. Comme le sentiment de n’être plus qu’un aliment, qu’un entremet, qu’une sorte d’amuse-gueule pour mâchoires affamées éructant entre chaque bouchées. Cette gueule démoniaque possédait même de foutus crocs. Une canine pernicieuse exerçait sadique, une pression du diable qui lui enfonçait les côtes sur le flanc gauche. Ses flottantes étaient sur le point de se noyer, encore quelques secondes et elles allaient toucher le fond vertébré de sa piscine thoracique. La douleur le fit ahaner. Un soubresaut digestif de la bête le plia en deux, son front contrit embrassa surpris ses genoux penauds. La vision de ses chaussures sous cet angle inattendu lui fit esquisser un sourire, l’éclair d’une dague plantée dans ses reins le lui arracha d’un trait net. C’est à ce moment là que ses souliers décollèrent. Ils s’élevaient du sol contre sa volonté. Une poussée puissante et régulière lui soulever le fondement, tandis que sa tête attaquait en rase-mottes. Etre aviateur était depuis sa plus tendre enfance le plus beau de ses rêves. Il s’imaginait en voyageur des grands espaces éthérés, pourfendant conquérant les bleus alizés, fendant en vainqueur les lignes blanches des cordillères aux cimes inviolées. Il s’imaginait tout ça, mais surtout pas être un as de la voltige, faisant des loopings la tête en bas le corps mâché par la pression atmosphérique au ras des touffes, engoncé dans une carlingue broyeuse qui n’aurait qu’une envie l’écraser…

Mario se demandait combien de temps il pourrait encore tenir. Ses cervicales malmenées hurlaient à la mort. Il ne discernait plus maintenant les murailles de son cachot. Les perspectives géométriques avaient explosé. Les trois dimensions s’emmêlaient. Il commençait à comprendre le sens de la quatrième. Un sentiment quasi religieux l’envahit. Ne serait-ce pas ça la révélation ? N’avait-il pas tout simplement rendez-vous avec Dieu… ?                               

 

 à suivre…               

19:30 Publié dans Nouvelles | Lien permanent | Commentaires (0)

22/01/2009

En cage. (part 1)

medium_cage.jpgMario ne savait plus depuis combien de temps il était là. Il lui semblait que sa tête résonnait telle une volée de beffroi un soir de nativité chrétienne. Il ne se rappelait de rien. Son état civil était un vague reflet dans l’onde agitée de ses souvenirs, et l’inconfort de sa position actuelle était tout simplement mystérieux. Il faut dire que même si les cloches commençaient à se lasser d’annoncer l’enfantelet, sa calebasse à l’envers en position de tondeuse à gazon finissait par lui emplir le cerveau du mazout frelaté qui coulait habituellement dans ses veines. C’est vrai que notre lascar s’oxygénait plus souvent les globules au bord des comptoirs perfuseurs plutôt que dans des stages commandos en haute altitude…En guise de stage, il était servi ! Outre le fait d’avoir l’encéphale tourné vers les antipodes, un carcan infernale lui maintenait les épaules vers l’arrière comme si quelques tortionnaires guantanamesques avaient décidé de le faire parler…Cette dernière pensée lui glaça les os et inonda son échine. Et si effectivement il se trouvait dans ce trou à rats de la CIA?  Il n’avait jamais caché ses accointances pour les peuples en déroutes, les bondieuseries de l’oncle Sam le faisaient gerber, et ses origines mi-Mauresque mi-Sangria avaient endeuillé la palette de ses yeux pour le restant de ses jours et  les mille générations qui viendraient après lui. En parlant de filiation, notre héros avait une paternité encore hésitante, ce n’était pourtant pas faute d’avoir débusqué les mères potentielles, mais dès qu’elles posaient sur lui un regard énamouré, notre hidalgo dont le cœur battait fort entre ses cuisses, prenait ses jambes à son cou pour échapper au grand Amour qu’elles juraient de lui faire avaler... A cet instant précis, notre don juan regretta de ne pas avoir cédé aux trompettes maritales. Sa situation ne s’arrangeait pas. Son corps écartelé menaçait de faire grève, un débrayage impromptu  pourrait bien mettre un terme définitif au rythme aléatoire de sa respiration…Et tout ça sans progéniture, la vie de nos jours était vraiment trop dure!

 

  à suivre…               

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